Le crépitement du feu de la cheminée.

Ce feu qui crépite

J’écoute le marché Persan,
Cette belle musique de Khatchatourian,
Dans ce salon, près du foyer,
Où nous écoutons cette musique enchantée,
Après ce bon dîner
Que ma mère nous a concocté.

J’aime garder ce souvenir en tête,
C’est pour moi, une grande fête !
Nous jouons au tarot
Dans ce salon, près du piano.
Le feu crépite et me réchauffe le cœur,
Je ne pense plus à mes soucis de l’heure.

Je m’enivre dans des paroles banales,
Ainsi mes souffrances ne sont pas décelables !
C’est ce que je pense,
Mais mon père est inquiet.
Je n’ose lui confier mes souffrances,
Je ne veux pas qu’il s’inquiète à outrance.

Je ferme ce jardin secret,
Personne n’y a accès.
Je joue un personnage,
Je m’en veux et c’est dommage!
Je reste isolée, je n’ose lui parler,
Tout va bien Papa!
Ne t’inquiète pas

Maïté Raynal

La forêt.

François-René de CHATEAUBRIAND   (1768-1848)

La forêt

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon coeur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes voeux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.

Ordre du Jour.

Ordre du Jour


Tenir l’âme en état de marche
Tenir le contingent à distance
Tenir l’âme au-dessus de la mêlée
Tenir Dieu pour une idée comme une autre
un support, une éventualité,
une contrée sauvage de l’univers poétique
Tenir les promesses de son enfance
Tenir tête à l’adversité
Ne pas épargner l’adversaire
Tenir parole ouverte
Tenir la dragée haute à ses faiblesses
Ne pas se laisser emporter par le courant
Tenir son rang dans le rang de ceux qui sont décidés
à tenir l’homme en position estimable
Ne pas se laisser séduire par la facilité
sous le prétexte que les pires
se haussent commodément au plus haut niveau
et que les meilleurs ont peine à tenir la route
Etre digne du privilège d’être
sous la forme la plus réussie: l’homme.
Ou mieux encore, la femme.

Jean-Pierre Rosnay
Jean-Pierre Rosnay