VUELTA DE PASEO

Grenade - Les jardins de l'Alhambra

VUELTA DE PASEO

Asesinado por el cielo.
Entre las formas que van hacia la sierpe
y las formas que buscan el cristal,
dejaré crecer mis cabellos.

Con el árbol de muñones que no canta
y el niño con el blanco rostro de huevo.

Con los animalitos de cabeza rota
y el agua harapienta de los pies secos.

Con todo lo que tiene cansancio sordomudo
y mariposa ahogada en el tintero.

Tropezando con mi rostro distinto cada día.
¡Asesinado por el cielo!

                                                                     Federico García Lorca, Poeta en Nueva York

RETOUR DE PROMENADE

Assassiné par le ciel,
entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.

Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’oeuf.

Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.

Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.

Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !

                                                                     Federico Garcia Lorca

RETURN FROM A WALK

Assassinated by the sky,
between forms moving towards the serpent
and forms that seek the crystal,
I will let my hair grow.

With the tree stumps that do not sing
and the boy with the face of white egg.

With the little animals with broken heads
and the tatter of dry-footed water.

With the deaf-mutes of weariness
and the butterfly drowned in the inkwell.

Stumbling over my face different each day,
assassinated by the sky!

Translated by Jim Doss

                                                                     Etiquetas: Federico García Lorca

Le poème « Vuelta de paseo »

VUELTA DE PASEO (« Retour de promenade »), composé en 1929 puis publié en 1930.

Ce court poème, paru dans le recueil Poeta en Nueva York, sous le Chapitre « Poemas de la soledad en la Universidad Columbia » témoigne d’une facette particulière de la personnalité de Lorca. Ses promenades nocturnes dans une ville en pleine métamorphose lui ont fait ressentir un dégoût profond pour l’oppression, l’angoisse venue du ciel (avec l’édification des gratte-ciels dans la New York florissante des années 1930 aux États-Unis).

Les couleurs de son Andalousie natale, qui constituaient un motif récurrent dans le style versifié des poèmes du « Romancero Gitano » et du « Cante Jondo », disparaissent ici pour laisser place au gris de la mégalopole, coloris unique qui semble envahir les rues et les esprits. En guise de contre-attaque, Lorca opte pour des vers rythmés, presque chantants, qui se défont des contraintes classiques inhérentes à la pratique des alexandrins dans toutes ses œuvres de jeunesse. Pour finir, même la Nature (« los animalitos de cabeza rota ») est détruite et devient inerte comme les matériaux de construction (-ou de destruction ?-) de la cité.

Le poète n’envie en rien les pauvres habitants de la mégalopole, qui semble avoir été recouverte du voile permanent de l’hiver (« el arbol de munones », « el cristal » -images métaphoriques renvoyant à cette déshumanisation du milieu urbain, à cet affront permanent du citadin face à sa mère, la nature-) Son complexe lié à la grandeur de la ville, que certains critiques assimileront à une forme coextensive d’agoraphobie, est également très révélateur de son homosexualité latente. L’oxymore « Assassiné par le ciel », en vers 1, puis répétée au vers final avec une ponctuation exclamative, détermine aussi ce sentiment violent de l’artiste face à tout ce qui s’oppose à la poésie.

Enfin, ce poème symbolise sa ferme opposition au modernisme, à cette quasi-sécularisation qui semble s’emparer d’un monde que le jeune homme (F.G. Lorca n’a alors que 31 ans) trouve industriel, nuisible à l’Homme, en bref trop creux. Le vers « Asesinado por el cielo », répété en début et en fin de strophe, rappelle aussi une fresque socio-politique récurrente dans ce recueil de voyage : les immeubles, la ville, tuent la poésie que peut fournir la Nature.

« Dejare crecer mis cabellos » : ce vers montre que le fléau de la folie et de la vieillesse menace les êtres mortels qui évoluent dans cet environnement disproportionné. Le lectorat pourra par la suite faire de ce vers la métaphore de l’incompréhension et du rejet qui conduisent à la pauvreté, avec un délaissement total des préoccupations corporelles. Car, comme l’écrira l’auteur dans la préface du recueil, « C’est dans son imperfection surréaliste, atypique, que la Nature puise sa poésie. L’exactitude, la rigueur démesurée de la ville font disparaître le sens. » (Préface, Poeta en Nueva York, 1930)

Ce poème est donc largement caractéristique de tout le recueil, car il reflète des thématiques variées, comme le vertige du poète aux prises avec la ville, l’homosexualité, ou encore le vieillissement inexorable de l’Homme. Il ouvre d’ailleurs le premier chapitre du recueil, et il est possible de faire de cette œuvre complexe le manifeste d’un surréalisme engagé qui signale son dégoût face au déclin de la vie citadine, et à l’écrasement du paysage par l’industrie…

Extrait de Wikipédia

 

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